J’aime les livres. Ils m’ont toujours sauvé de tout.
Ce sont les seules portes de sortie que j’ai trouvé quand j’avais le coeur et le cerveau dévasté.
Les livres te permettent de vivre toutes ces vies que tu n’auras jamais le temps,
ni la possibilité de vivre en une seule vie.
Les livres te permettent d’être un homme de 50 ans ayant perdu la foi en l’amour et la retrouvant.
Les livres te permettent d’être un Commissaire Pelleteux d’nuages
qui se laissent aller à ses intuitions plutôt qu’aux rigueurs de l’institution.
Avec tu peux aussi essayer la vie à San Francisco si
tu étais une jeune provinciale qui débarque, ou un jeune homme gay
depuis les années 70 jusqu’à maintenant.
Ou alors tu peux avoir la possibilité d’imaginer ce qui se passerait si tu découvrais
que l’homme que tu aimes depuis 10 ans t’as trompé.
Ou te mettre dans la peau de la maîtresse de cet homme marié.
Petite aparté. Sur les hasards qui n’en sont sûrement pas, quand JAENADA est venu
nous voir à la Médiathèque où je travaille on a discuté pas mal.
Il nous a demandé ce qu’on lisait en ce moment. Je lui ai fais part
du fait que j’étais littéralement tombée dans un livre pris quasi au hasard
dans les rayons de la Médiathèque “Les moments d’un couple” de Nelly Alard.
Totalement bien écrit, répondant exactement à l’histoire que j’avais envie de lire à ce moment là.
Philippe JAENADA m’a alors expliqué que la maîtresse du livre était en fait Aurélie Filipetti.
Et le TRUC DE DINGUE c’est que j’avais pris ce livre là aussi, et qu’il attendait sagement sur ma table
de nuit. Ces deux livres racontaient donc la même histoire du point de vue de la femme trompée et de
celui de la maîtresse.
Au delà de tout jugement moral, le livre de Nelly Alard est beaucoup mieux écrit et beaucoup plus
accessible que celui d’Aurélie Filipetti qui se perd dans des nébuleuses qui m’ont assez peu intéressées.
Comme tu pourras t’en apercevoir toute seule je ne lis quasi que des fictions qui si possible parlent d’amour.MAIS il y a un autre type de livre qui me passionnent et je serais bien incapable d’expliquer raisonablement pourquoi ce sont les livres qui parlent d’amour mais de façon très CLINIQUE. Je pense que c’est pour ça que le travail de Sophie Calle me parle de façon très très précise. Comme si elle faisait quelque chose que j’ai toujours amorcé sans jamais aller jusqu’au bout de la démarche. Je garde tout sans jamais bien savoir pourquoi. Quand je suis amoureuse que ce soit amicalement ou sexuellement je fais des trucs étranges. Par exemple, un garçon dont j’étais secrètement amoureuse au collège pourrait savoir précisément où il était, à quel heure et avec qui durant la période où je l’observais de loin et où je notais scrupuleusement ces informations dans mon journal intime. Je peux aussi recopier tous les textos que m’envoit mon amoureux dans des carnets spéciaux pendant trois ans, ou garder le moindre mot qu’il me laisse. J’ai toutes les lettres que j’ai reçue depuis que je suis en âge d’écrire et de correspondre. TOUTES. Il y en a des tas que je ne relirais pour rien au monde. Comme ces chansons que tu ne peux plus écouter car elle te projettent directement dasn un moment de ta vie que tu ne veux pas retrouver.Je suis aussi fanatiquement interessée par la vie des autres. Une de mes occuipations préférée et d’essayer de deviner leur vie en les observant, en les écoutant. J’adore aussi prendre le train parce que depuis le wagon, quand tu arrives dans une ville tu peux voir les gens chez eux dans leur appartement et imaginer leur vie.
Sophie Calle a poussé cette logique jusqu’à en faire une oeuvre d’art. Elle donne un sens à cette façon bizarre d’archiver sa vie et celle des autres. Dans ce livre Prenez soin de vous par exemple elle est partie d’un mail de rupture qu’on lui a écrit. Elle explique au début du livre :
J’ai reçu un mail de rupture. Je n’ai pas su répondre. C’était comme s’il ne m’était pas destiné.
Il se terminait par les mots : Prenez soin de vous.
J’ai pris cette recommandation au pied de la lettre.
J’ai demandé à cent sept femmes – dont une à plumes et deux en bois – ,
choisies pour leur métier, leur talent, d’interpréter la lettre sous un angle
professionnel.
L’analyser, la commenter, la jouer, la danser, la chanter.
La disséquer. L’épuiser. Comprendre pour moi.
Parler à ma place.
Une façon de prendre le temps de rompre. A mon rythme.
Prendre soin de moi.”
Chacune des 107 femmes a interprété à sa façon ce mail. Je trouve que c’est un travail incroyable et une façon de gérer sa peine très intelligente et parlante. A sa façon de parler exclusivement d’elle Sophie Calle nous parle en fait de nous. C’est un truc dont j’ai la sensation depuis longtemps. En faisant exception de l’égocentrisme qui empêche la relation avec l’autre puisqu’il n’y a pas de communication possible, ni souhaitée. Le fait de parler de quelque chose de très très intime touche souvent à l’universel. Parce qu’on a beau être tous différents, il y a des endroits ou l’on se retrouve c’e. dans l’amour, dans la naissance et dans la mort etdans les différentes étapes par lesquelles on passe dans ces moments là.
Je crois que c’est pour ça aussi que je place lle livre ci-dessus dans ma bibliothèque de coeur. Je ne ferai pas mieux que le résumé Amazon qui dit ceci:
Dans ce livre Leonore Doolan et Harold Morrs se rencontrent dans une soirée, tombent amoureux, vivent ensemble et se séparent. Fin de leur histoire, début de ce livre. Les objets, vêtements, etc., qui ont accompagné leur liaison et vont être mis aux enchères, sont photographiés et rassemblés dans ce catalogue. Leonore et Harold se sont prêtés avec talent, sensibilité et humour, à la mise en scène imaginée par Leanne Shapton qui invente ainsi un genre unique : le catalogue-roman entre littérature et art contemporain.