Le pouvoir de l’écriture

Les mots sont mon matériau de base. Ce qu’ils disent. Ce qu’ils permettent de sortir du dedans, vers le dehors. Ce qu’ils expriment pour ne pas que ça s’imprime. Le plaisir qu’on ressent, lorsqu’on trouve le mot ajusté à ce qu’on ressent. & surtout, surtout les MOTS alignés sur fond de sincérité. Sinon franchement à quoi bon. Mais il y a un autre moyen qui me procure de la joie depuis toujours. & pas pour ce que ça permet de dire. Mais pour la forme que prennent les MOTS, quand on les écrit. L’écriture est liée au plaisir.

LE VRAI PLAISIR d’ECRIRE

Pas pour se raconter. Pas pour s’épancher.

Le geste de l’écriture

A l’école primaire déjà, il y avait de la JOIE. D’abord, quand on avait bien appris à écrire en attaché, M. PEREZ notre maître formidable, nous autorisait à écrire en scripte. Le kiff absolu, tu vois? & puis, une fois qu’on savait bien écrire au stylo Bic, on était adoubé et arrivait ce moment tant attendu du STYLO-PLUME.

Avec tout son attirail.

Les mouchoirs pour nettoyer la plume et tes doigts.

& son meilleur ami, l’effaceur.

Et la MAGIE de pouvoir se tromper

Les cartouches d’encre bleues. Je faisais collection de la petite bille de verre qui bouchait les cartouches. Tu te souviens? J’avais une bouteille miniature de parfum, que je remplissais de ces magnifiques jolies petites billes de verre minuscules. Ce moment où tu découvres qu’il existe aussi des cartouches de couleur. Roses, Vertes émeraudes, Bleues turquoises.

 

 

Au lycée, je pouvais me mettre à apprécier d’aller en cours juste parce que j’avais changé la façon dont j’écrivais la lettre S. Alors les cours devenaient beaucoup plus rigolos, puisqu’ils me permettaient d’écrire beaucoup et d’étrenner cette nouvelle lettre, que j’avais ajoutée à mes colliers de mots.

Un jour, ma Maman (qui était encore ma Maman à cette époque là, c’était avant de devenir ma mère), est rentrée d’un salon du livre. Elle m’a montré la dédicace d’un auteur qu’elle avait rencontré. Il écrivait minusculement petit. J’ai adoré l’idée. Je l’ai adopté. Je me suis mise à écrire le plus minuscule possible. & puis c’était à l’époque où j’étais ORIGINALEMENT ORIGINALE. & écrire tout petit, ça posait mon originalité sur le papier. Là, j’entends mon amie Sophie, qui lève un sourcil, quand elle voit quelqu’un d’ORIGINAL dans la rue. Elle dit qu’avoir autant besoin d’afficher son originalité, ça la rend circonspecte.

& quand on m’interrogeait sur le fait que j’écrivais tout petit, j’avais une réponse toute faite. Je disais:

C’est parce que mes parents ont divorcé.

Ça me faisait marrer. & les adultes trouvaient ça trop choux, cette ado, qui avait autant d’auto-dérision sur sa situation.

Evidement avec le plaisir d’écrire, est venu le plaisir des carnets. Au début, j’en avais un, par année. C’est ensuite que ça a dérapé. Le tout premier, c’est le rouge et jaune, où M.MOREL sent une chaussette. Avec Fred, mon amie au lycée, on notait toutes les répliques des Deschiens, qu’on aimait répéter. Des citations. J’y mettais mes tickets de ciné, de train etc.

Les carnets, ce sont des machines à voyager dans le temps.

Tu les feuillettes, et tu te retrouves instantanément, plongée au moment où tu les as utilisé.

Jeune adulte, ma mère (elle est devenue ma mère, à peu près à ce moment-là), m’a proposé de l’accompagner à un cours de Calligraphie Latine. Quand j’étais en DEUG ARTS PLASTIQUES, on nous avait demandé de réaliser un travail autour de la CALLIGRAPHIE MODERNE. Mais la MAGIE de ces formations, c’est qu’on te demande de savoir ce que tu es venue apprendre. Du coup, j’ai mis longtemps à comprendre ce qu’on me demandait. & j’ai rendu une espèce de CALLIGRAPHIE ANCIENNE modernisée. Je n’avais rien compris à ce que c’était. Grâce à ce cours de Calligraphie Latine, qui était donné dans une MJC, j’ai enfin compris ce que s’était. C’était Claire qui l’animait. Elle était incroyable, Claire. Je viens de chercher, aucune trace d’elle, sur L’Internet électronique (& là, imagine ma fille qui lève les yeux au ciel à chaque fois que je dis ça). Elle fait partie de ces gens, dont tu apprends énormément rien qu’à l’écouter vivre. Elle nous a expliqué que le MOT CALLIGRAPHIE, lui était arrivé, un jour alors qu’elle regardait par la fenêtre. & qu’elle n’avait eu de cesse, ensuite d’y travailler. C’était il y a FORT, FORT longtemps. Peut-être dans les années 90. Elle nous a raconté, comment elle a bataillé pour trouver du matériel, des plumes, des porte-plumes, de l’encre d’écolier. Parce que les années 90’s, même si ça paraît être le Moyen-âge, pour les jeunes, aujourd’hui, toi & moi on saît, que ça ne l’était pas. La CALLIGRAPHIE n’était pas encore redevenue aussi courante, qu’à l’heure actuelle (elle l’est? Je ne sais pas? J’ai un avis biaisé, puisque je m’y intéresse).

CALLIGRAPHIE: ça veut dire LA BELLE ECRITURE.

Dans ces cours j’ai découvert le CALME. J’ai découvert l’importance de s’ancrer (s’encrer) au sol, & de RESPIRER. J’ai découvert le plaisir de faire des bâtons et des ronds, pour apprendre à utiliser la plume. J’ai appris à remplir ma plume avec un pinceau pour ne pas la surcharger. J’ai appris qu’il était facile de se rappeler ce que les gens t’avaient dit, & que le meilleur moyen d’y arriver c’était de s’y intéresser et de VRAIMENT les écouter. J’ai appris qu’on pouvait qu’on devait prendre du plaisir à former ses lettres. J’ai appris l’importance du vide, autant que l’importance du plein, pour déterminer si ta lettre était correctmeent tracée. J’ai appris que mon écriture disait ce que je ne voulais pas dire. J’ai appris que quelque chose n’était pas droit dans ma vie, bien avant de me l’avouer. Message délivré lors d’un stage par dessus mon épaule, alors que je penais à incliner correctement Une chancellière. La prof m’avait juste demandé s’il y avait quelque chose qui n’allait pas dans ma vie? En regardant ma difficulté à incliner mes lettres, comme j’aurais dû. C’est la conclusion qu’elle en avait tiré. Pas très longtemps après, j’ai changé, ce qui devait être changé. En effet, après au moins deux ans à laisser des mots chez moi. A écrire & à prévenir, j’ai dit: C’EST FINI. Je veux m’en aller. Il pouvait toujours tomber des nues. Il n’avait qu’à reprendre toutes les lettres que je lui avais laissé. Il aurait compris que je l’avais prévenu, longtemps avant, de ce qui allait se passer. Mais comme souvent dans ces cas là, il a attendu que je m’en aille pour se dire que c’était quand même bien quand j’étais là.

Puis, j’ai redécouvert la joie de cacher

des MOTS d’AMOUR

Je les écrivais sur n’importe quoi. Ticket de Bus, Billet d’abscence, & je les cachais dans les dossiers des élèves dont je gérais les absences. En lui laissant des indications pour qu’il aille les trouver la nuit, quand il surveillait l’internat et que moi, je rentrais chez moi. Il répondait en me laissant des MOTS cachés dans les poches de ma veste. Je les retrouvais le soir en rentrant chez moi. & je souriais, je souriais.

& puis ensuite, LA VIE quoi. Alors je lui ai écris mes difficultés à sentir qu’il aurait eu envie de m’aimer. Mais que visiblement, pour lui, c’était compliqué. L’AMOUR que j’avais pour lui, était totalement disproportionné. Lourd à porter, j’imagine. Alors, pour ne pas l’encombrer, je lui ai écris, mais dans un carnet. Me promettant de lui donner, quand j’aurais fini de l’aimer.

C’était il y a 18 ans.

J’ai toujours le carnet.

Après il a bien fallu continuer. Enfin, ,j’ai décidé de choisir de vivre, au risque que cette douleur puisse recommencer. J’ai appris que poser tout ça sur le papier, même si ça n’était destiné à personne, ça soulageait. Depuis quand je console quelqu’une, je lui dis:

ECRIS, ECRIS

& les gens disent: OUI, OUI. Mais ils ne le font pas. Sinon, ils ne resteraient pas dans cet état, je crois. Les gens ça n’écoutent pas grand chose de toutes façons. Comment je le sais? Parce que c’est ce que je fais.

Est arrivé le moment décrire des choses pratiques. Des cours de DROIT de quelque chose. Des informations théoriques. Puis je suis allée frottée ces informations théoriques, à la réalité. Ça n’a pas très bien marché. Enfin si, au début, debout au milieu des rayons de la Médiathèque où j’espérais être embauchée, je me disais que c’était EXACTEMENT l’endroit qu’il me fallait. Que c’était à la convergence de tout ce que j’aimais:

LES LIVRES,

l’ÉCRITURE,

la CALLIGRAPHIE,

les MOTS,

le PAPIER

& puis petit à petit, j’ai perdu le sens de ce que je faisais. Je n’écrivais plus beaucoup. J’envoyais des textos. J’étais omnubilée. Je suis retombée amoureuse. Aussi fort. J’ai recommencé à écrire, pour lui dire à quel point je l’aimais. Il était dubitatif. Je l’ai courtisé. & je me suis mise à lui fabriquer des Objets.

 

& puis j’ai recommencé à rêver. Libérée de mon besoin d’être aimée. Car il semblait, qu’avec lui j’allais y arriver. Malgré ses NONS, VIOLENTS, on avançait. Un jour, il a dit OUI d’accord,  j’ai réfléchi, faisons un bébé. L’important, après tout, ce sera de l’aimer.

& puis, j’ai mis le temps qu’il fallait, à fabriquer ce bébé. Seulement occupée à fabriquer un être humain, c’était déjà bien. & puis, quand ce bébé a été fait, je suis retournée dans ce lieu, où je m’étais sentie à ma place, il y a quelques années. & là, ça n’était plus du tout, du tout le cas. & il y avait ce bébé. Que je laissais à garder toute la journée, pour venir dans un endroit où rien n’allait. Alors j’ai repris mes carnets. J’ai écrit dessus:

IDÉES 2012. IDÉES 2013. J’ai rêvé, rêvé en écrivant comment je voyais la suite. J’ai commencé à aligner des MOTS qui construisaient mon DEMAIN, à ma façon. & j’ai retrouvé l’usage de mon écriture, comme on retrouve celui de sa voie, après une extinction de soi.

& puis, un jour, mon écriture est revenue dans ma vie. Quand je me suis mise à m’en servir pour dire MERCI. Pour accompagner mes colis. & mes MOTS, ont retrouvé leur fond & leur forme. Mon écriture ne me sert plus qu’à dire ce que je veux dire. A ma façon à moi.

Actuellement, j’écris mes VOEUX.

Actuellement, j’écris de quoi j’ai rêvé.

Actuellement, j’aime la forme de mon écriture.

& j’aime connaître ce secret: si tu veux dire quelque chose de

VRAIMENT, VRAIMENT IMPORTANT,

tu peux l’écrire. & ça sera reçu, relu & apprécié. Parce que quand tu écris, tu dis : j’ai pris le temps pour toi, parce que c’était important de te dire tout ça. Tu dis: tu es importante pour moi. Tu dis: j’aurais pu envoyer un mail, mais tu mérites plus que ça. Tu dis: je suis loin, mais je suis près de toi, puisque tu touches le papier où j’ai couché des mots pour toi. Du coup, je t’ai fabriqué ça. Pour que tu puisses lui envoyer tes MOTS à toi.

 

CLIQUE sur la PHOTO, si tu veux savoir

l’HISTOIRE de cette LETTRE d’AMOUR.

 

 

 

 

 

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